GROSSESSE & MEDECINE INTERNE

Textes des conférences

 

 

 

GROSSESSE ET LUPUS  ERYTHEMATEUX AIGU DISSEMINE

 

 

Bertrand WECHSLER, LE THI HUONG DU

Service de Médecine Interne (Pr JC PIETTE).

Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière ; 83 Boulevard de l'Hôpital, 75013 - Paris

 

        

 

        

     Jusqu'à ces dernières années, l'effet  aggravant de la grossesse sur le LEAD était un dogme tel que la grossesse était interdite chez la jeune femme lupique et que l'interruption thérapeutique de grossesse était fréquemment proposée.

     Ces données ont été remises en cause, notamment du fait de l'amélioration du pronostic global de la maladie (90-95 % de survie à 10 ans), d'une meilleure connaissance des facteurs aggravants et d'un maniement plus adapté des thérapeutiques. La grossesse est actuellement autorisée lorsque le lupus est contrôlé médicalement depuis plusieurs mois et sous couvert d'une surveillance médico-obstétricale rigoureuse ; ces grossesses étant le type même des "grossesses à risques".

 

 

1)    Fertilité :

 

La fertilité des femmes lupiques est globalement comparable à celle de la population générale en dehors de l'aménorrhée et des périodes d'infertilité accompagnant les poussées sévères de la maladie (1). Après cyclophosphamide intra-veineux (2-4) le risque d'aménorrhée prolongée est fonction de l'âge, de la dose cumulative reçue et du degré de myélosuppression. Il est en moyenne de 28 % mais varie de 12 % avant 25 ans à 62 % après 30 ans. Le risque est toutefois nul avant 25 ans lorsque le traitement a comporté moins de huit bolus de cyclophosphamide. Il semble plus important lorsque le cyclophosphamide est administré par voie orale (4).

         Il est toutefois important de savoir que chez des femmes traitées par fécondation in vitro pour stérilité, l'aggravation d'un lupus connu (5) ou des poussées lupiques de novo(6) et dans un cas un décès maternel (7), ont été signalés. L'hyperoestrogénie  induite par l'administration de gonadotrophines et de clomifène est vraisemblablement en cause. L'aggravation d'une thrombopénie liée au LEAD a été rapportée sous buséréline (8).

 

 

2)    Morbidité maternelle et lupus :

 

La morbidité maternelle au cours de la grossesse lupique est liée à l'intrication de plusieurs facteurs : l'activité de la maladie lupique, la prééclampsie et les effets secondaires des thérapeutiques.

 

a)    Activité de la maladie lupique et grossesse

 

L'aggravation du lupus au cours de la grossesse semblait un point acquis jusqu'en 1989, date de la publication de Lockshin (9) faisant état de l'absence d'influence du lupus sur la grossesse et vice-versa. Depuis cette publication, de nombreuses équipes ont à nouveau confirmé la survenue de poussées durant la grossesse et le post-partum, avec une fréquence variant de 38 et 75 % selon les séries dans les études rétrospectives, et de 57 à 60 % dans les études prospectives. Dans 10 % des cas environ, ces poussées peuvent être sévères.


 

La date de survenue en est diversement appréciée : lors du premier trimestre (10,11), au cours des 3 trimestres et du post-partum pour Petri et Ruiz-Irastorza (12, 13). L'arrêt des antimalariques de synthèse, autrefois systématiquement proposé, pourrait en être partiellement responsable. Dans l'enquête nationale multicentrique, menée sous l'égide de la Société Nationale Française de Médecine Interne et qui a enregistré pendant 6 ans les observations 103 grossesses chez 84 lupiques (14), nous avons observé des poussées lupiques dans 27 % de cas dès le diagnostic de grossesse. Parmi les 73 % de lupus stables initialement, 26 % sont devenus évolutifs pendant la grossesse et 7 % en post-partum.

 

         Si aucune prise en charge spécifique n'est effectuée, on peut donc s'attendre à observer, 6 fois sur 10, au cours de la grossesse des manifestations lupiques qui pourront toucher un à plusieurs organes, dont le système nerveux central et le rein dans respectivement 15 % et 20 % des cas (10). Toutefois la poussée, lorsqu'elle est modérée et traitée ne semble pas avoir d'influence défavorable sur l'issue de la grossesse. Une poussée sévère et négligée peut par contre être responsable d'une forte morbidité et peut favoriser la survenue d'une toxémie notamment d'un HELLP syndrome (versant hépatique de l'éclampsie), montrant bien les intrications possibles poussée lupique - toxémie. La diversité d'appréciation du risque de poussée lupique peut venir notamment de cette difficulté de différentiation entre pré-éclampsie et poussée lupique, qui peuvent coexister (15). Le HELLP syndrome, est d'ailleurs amélioré par la corticothérapie (16,17) et son déclenchement anticipé, parfois même avant la 20ème semaine d'aménorrhée (18), lorsque coexiste un syndrome des antiphospholipides.

 

         En pratique, la surveillance du complément total et de la fraction C4 du complément semble le meilleur marqueur distinctif (19-21), le complément augmentant physiologiquement au cours de la grossesse (22). Le taux des anti-DNA serait également un marqueur d'activité (23).

 

         L'atteinte rénale préalable est un facteur de pronostic important à considérer (24). Elle conditionne la mortalité maternelle, particulièrement lorsque le lupus se déclare pendant la grossesse (25). Cameron (26) l'avait estimée à 3,4 % dans une revue de 345 grossesses chez 218 femmes. Cette mortalité apparaît nulle à la lecture des données les plus récentes de la littérature (27,28), vraisemblablement du fait d'une sélection des patientes chez qui la grossesse est autorisée et d'un meilleur suivi. Toutefois tant la série récente de l'équipe de Hughes à Londres (29), que l'enquête de la SNFMI (14) sont moins optimistes à ce sujet, car dans chacune de ces séries, 2 décès maternels ont été observés (mortalité de 2,4 % à 3,3 %), chez des femmes présentant un lupus évolutif, soit révélé par la grossesse soit non contrôlé au début de celle-ci.

L'association de facteurs tels que l'hypoprotidémie liée au syndrome néphrotique, le déficit immunitaire lié au lupus, à la grossesse et aux thérapeutiques majore de façon importante les risques infectieux maternels.

 

         Il est actuellement admis que la grossesse n'a pas d'effets délétères particuliers lorsque la créatininémie au début de la grossesse est inférieure à 110 µmol/l (30). De même lorsque la patiente est en rémission et sous couvert de l'adaptation du traitement corticoïde et éventuellement immunodépresseur, la grossesse n'altère pas la fonction rénale. La créatininémie peut diminuer  en tout début de  grossesse et  s'élever d'environ 20 % en fin de grossesse. Les taux antérieurs à la grossesse sont généralement obtenus dans les 2 à 4 mois post-partum. Une aggravation définitive n'est observée que dans moins de 10 % des cas toutes séries confondues et dans moins de 5 % depuis ces 10 dernières années.

 

         Le pronostic est beaucoup plus réservé lorsque persiste une insuffisance rénale significative. Une clairance de la créatinine inférieure à 50 ml/heure expose ainsi la femme à un risque de décompensation rénale pendant la grossesse. Des grossesses ont même pu être menées à terme en hémodialyse et après transplantation rénale (31,32).


 

         L'hypertension artérielle est également un facteur pronostique. Elle semble associée au risque de poussée (11). La pression artérielle peut rester stable, mais peut s'élever de façon définitive soit de novo soit du fait d e l'exacerbation d'une HTA préexistante (14 % et 6 % respectivement pour Packham-(28)). La nécessité d'un traitement antihypertenseur et l'élévation de la diastolique au cours du 2ème trimestre sont de bons prédicteurs d'un accouchement prématuré (22). Les traitements comportent essentiellement l'alpha-méthyl-dopa et les bêta bloqueurs avec pour but une pression diastolique inférieure à 90 mm/Hg et supérieure à 80 mm/Hg (24).

 

         La fréquence des accouchements par césarienne est élevée (37 % dans notre étude -33-44 % dans l'étude d'Ovasiu -(27)), significativement plus élevée en cas de prématurité et que dans la population générale.

 

         Nous venons de reprendre le suivi de 25 grossesses chez 16 femmes atteinte de néphropathie prouvée histologiquement (5 cas de glomérulonéphrite mésangiale, 12 cas de proliférative diffuse, 5 cas de proliférative segmentaire et focale, 5 cas de glomérulonéphrite extramembraneuse et 1 cas de hyalinose segmentaire et focale).

Dans 9 cas la grossesse est survenue après un traitement immunodépresseur (azathioprine dans 2 cas, cyclophosphamide dans 7 cas dont 5 en bolus IV)

 

         Au début de la grossesse la créatininémie était toujours inférieure à 110 µmol/l, la protéinurie était supérieure à 0,50 g/24 heures chez 5 d'entre elles.

La protéinurie s'est aggravée chez 8 femmes dont 3 ont présenté un syndrome néphrotique qui fut révélateur du lupus chez l'une d'entre elles. Cette patiente est malheureusement décédée de surinfection à bacillus species, germe saprophyte aérien, alors que l'absence de réponse à la corticothérapie et l'altération de la fonction rénale avait nécessité la mise sous azathioprine. Nous avions relvé un décès dans des conditions similaires dans l'étude de la SNFMI (33).

         Une hypertension artérielle de novo n'est survenue que 2 fois. Le pronostic est nettement amélioré lorsque la grossesse a été programmée.

 

b)    Le risque des traitements :

 

Les anti-malariques de synthèse ont la fausse réputation d'être abortifs. Des anomalies

de l'oreille ont été notées chez 3 jumeaux nés d'une mère lupique traitée par 500 mg/j d'hydroxychloroquine, des anomalies rétiniennes chez 2 enfants d'une mère traitée par 200 à 300 mg/j d'hydroxychloroquine pendant 3 ans (1). Cependant aucune malformation congénitale n'a été rapportée dans une série de 51 enfants nés de mères traitées par l'hydroxychloroquine pour un lupus ou polyarthrite rhumatoïde (34). L'hydroxychloroquine (Plaquenilâ) semble préférable à la chloroquine (Nivaquine â) dont la concentration tissulaire chez l'animal est supérieure (35).

         L'absence d'anomalies fœtales dans les séries récemment rapportées (35,36) autorise la poursuite de l'hydroxychloroquine à des doses ne dépassant pas 6,5 mg/kg/jour. Les antimalariques de synthèse ayant une action antiagrégante plaquettaire propre pourraient avoir un effet positif additionnel à l'aspirine en cas de SAPL associé (35).

 

         La prednisone et la prednisolone ne traversent que très faiblement la barrière placentaire et n'ont donc aucune incidence sur le fœtus (37). L'utilisation de fortes doses de corticoïdes majore toutefois le risque infectieux et la survenue d'une fièvre chez une lupique enceinte mérite d'être abordée comme une fièvre survenant chez un immunodéprimé. Les bêta-lactamines, la plupart des céphalosporines et des macrolides, la rifampicine peuvent être utilisés chez la femme enceinte.

        


 

La présence d'une hypertension pose les problèmes usuels à cette situation. Lorsqu'un traitement s'impose, l'hydralazine et le labétalol sont les plus employés.

 

         L'utilisation d'immunosuppresseurs ne semble pas majorer la morbidité et la mortalité fœtale et infantile (38). Si la tératogénicité du méthotrexate (39) et du cyclophosphamide est démontrée, par contre celle l'azathioprine peut être considérée comme minime (40). Cependant, l'inocuité à long terme de ces thérapeutiques n'est pas certaine et justifie une stricte utilisation. En cas d'absolue nécessité (néphropathie grave, atteinte neurologique centrale), le recours à l'azathioprine est donc possible. La cyclosporine qui ne passe pas la barrière placentaire chez l'animal et dont les données sur la grossesse sont nombreuses dans le cadre de la transplantation peut également être utilisée (41). Il en est de même de l'utilisation des immunoglobulines à fortes doses et des échanges plasmatiques qui posent des problèmes particuliers d' hémodynamique.

 

 

3)    Morbidité fœtale, néo-natale et lupus :

 

La morbidité fœtale et néo-natale est influencée par 3 facteurs : la prématurité, les effets secondaires de la corticothérapie maternelle et la présence d'anticorps anti-SSA maternels.

 

a)    Prématurité :

 

Le taux de survie fœtale (après exclusion des interruption de grossesse et des avortements précoces) varie de 56 à 100 % des cas selon les séries, se situant aux environs de 60 % avant les années 1980 et supérieur à 80 % dans les études plus récentes (11, 42,  43). La diminution du taux de pertes fœtales grâce à une surveillance étroite de la grossesse, l'utilisation large de la césarienne en cas de problème fœto -maternel, l'adaptation des doses de corticoïdes au cours de la grossesse, s'est accompagnée d'une augmentation du taux de prématurité. Dans l'enquête nationale, nous avons observé un taux de 63 % de prématurité (33) et de 60 % dans le cadre de nos grossesses programmées (44). L'évolutivité lupique (1), l'utilisation de l'aspirine, l'hypertension artérielle, le taux bas du C3 et la race noire en seraient des facteurs prédictifs (42).

La fréquence de l'hypotrophie fœtale est également significative par rapport à des groupes témoins et se situe aux environs de 10 % dans la littérature (27,45). Elle est clairement liée à la prématurité : 10 à 66 % des prématurés sont hypotrophiques. Dans notre étude, l'hypotrophie touche 30 % des enfants nés vivants et ses facteurs associés sont, outre la prématurité : la présence d'une baisse du C3 ou du C4 pendant la grossesse, la présence d'une hypertension artérielle gravidique et d'une évolutivité lupique en début de grossesse (33) et l'absence d'anticorps anti-SSA qui serait un marqueur de moindre gravité du LEAD.

 

b)    Les effets secondaires de la corticothérapie maternelle :

 

La prednisone ne traversant que peu la barrière placentaire, le risque d'insuffisance surrénalienne néo-natale est théorique. Dans l'enquête française, aucun cas d'insuffisance surrénalienne n'a été signalé tant chez la mère que chez l'enfant pour les 61 grossesses traitées par corticoïdes et qui ont donné naissance à un enfant vivant (33). Par contre ce risque est attendu en cas de prescription de bétaméthasone et/ou de dexaméthasone dont le passage transplacentaire est mis à profit dans des situations particulières pour traiter le fœtus intra-utéro.

        


Les problèmes infectieux sont importants. Nous avons noté 5 cas d'infection néo-natale majeure : 4 cas d'infection bactérienne (septicémie néo-natale chez 2 prématurés et 2 enfants nés à terme dont la mère était traitée par 0,5 à 1 mg/kg/j de prednisone) et 1 cas de toxoplasmose congénitale chez 2 jumeaux dont l'un est décédé malgré le traitement par sulfadiasine et pyriméthamine (33). Le risque de réactivation d'une toxoplasmose maternelle sous l'effet d'une corthicothérapie (46, 47), justifie de surveiller les taux d'anticorps sériques chez les femmes traitées par corticothérapie et, s'ils sont ascendants ou même stables mais élevés, de proposer un traitement prophylactique et de rechercher une infection évolutive par l'analyse du placenta et du sang du cordon, voire de discuter un diagnostic anté-natal. Le risque d'infection à CMV a également été signalé (48).

 

c)    Le lupus néo-natal :

 

         Le lupus néonatal regroupe des manifestation liées à la transmission passive d'anticorps maternel : facteurs anti-nucléaires, anticorps anti-SSA (ou anti-Ro) et anti-SSB (ou anti-La). Il se traduit par une éruption cutanée, une photosensibilité, une hépatite, une pneumonie, une élévation des transaminases, un bloc auriculo-ventriculaire (BAV) congénital, une anémie hémolytique, une leucopénie ou une thrombopénie (49) voire un syndrome de Hirschprung (50).

 

         C'est en 1977 (51,52) que les premières relations entre BAV fœtal et lupus maternel furent faites : la présence d'anti-Ro étant retrouvés dans le sérum des mères d'enfants atteints d'un BAV. Lors de la naissance d'un enfant atteint, les mères sont encore le plus souvent asymptomatiques. Ce n'est qu'avec le temps qu'elles exprimeront une connectivite, le lupus n'étant pas le plus fréquent (53, 54). Le terme de lupus néo-natal paraît d'ailleurs abusif (55) et devrait être remplacé par "bloc auriculo-ventriculaire congénital d'origine immunologique" (56). Récemment a pu être démontré l'effet arrhythmogène sur des cœurs fœtaux de la perfusion d'immunoglobulines provenant de sérum de mères ayant donné naissance à un enfant porteur de bloc. L'action cardiotoxique ferait intervenir le blocage des canaux calciques par les anticorps (57).

         Les anticorps anti-SSA traversent la barrière placentaire dès la 12ème semaine et sont retrouvés dans le tissu atrial fœtal mais peuvent également se fixer sur les fibres musculaires cardiaques (58, 59). Il est très vraisemblable qu'une mycocardite aigue (60) soit le fait initial pouvant laisser place à des lésions cicatricielles avec constitution du BAV comme en témoigne la présence de fibrose et de calcifications. Les formes les plus graves, vraisemblablement mortelles, pourraient expliquer un certain nombre de fausses-couches. Il est intéressant de signaler que la survenue de cardiomyopathie dilatée a été rapportée dans la première année chez quelques nouveaux nés porteurs de BAV et ce malgré la mise en place d'un pace-maker (61). A l'autopsie étaient retrouvées des lésions de fibrose, mais aucun infiltrat inflammatoire.

 

         Le risque de lupus néonatal est d'autant plus élevé que les mères présentent l'antigène HLA A1, B8, DR3, MB2 et MT2 (62), qu'ils sont de type 52 kd pour les anti-SSA (63, 64) et associés aux anti-SSB de type 48 kd. La seule présence d'antiU1 RNP a été signalée (65).

 

         Hormis le BAV, dont la survenue peut être exceptionnellement retardée (66), les manifestations du lupus néonatal disparaissent spontanément au bout de six mois. Dans le registre français, sur 22 bébés nés d'une lupique présentant un anticorps anti-SSA, 3 ont présenté un lupus néonatal dont 1 cas de BAV. Dans ce dernier cas, l'anticorps a été recherché  devant la découverte d'une bradycardie fœtale. Dans notre série prospective (44) sur 11 grossesses avec anti-SSA dont 10 associées à l'anti-SSB nous n'avons observé aucune anomalie de la conduction. Aussi, le risque de BAV calculé de 4,5 % est-il probablement surestimé. Ramsey-Goldman (49) l'a estimé à 1 enfant sur 20 nés de mère lupique porteuse d'un anti-SSA. Dans une étude portant sur le suivi d'une cohorte de patients avec anti-SSA, Simmons-O'Brien et coll. n'ont retrouvé qu'un cas de BAV sur 43 femmes ayant cumulé 113 grossesses dont 84 menées à terme (67). D'autres facteurs facilitants sont suspectés compte tenu des discordances constatées chez les jumeaux monozygotes (54, 68, 69).

         En raison du risque faible de BAV, le consensus tend vers l'abstention thérapeutique chez une femme présentant un anti-Ro, mais sans antécédent et désireuse de grossesse.

 

         En cas d'un premier enfant atteint, le risque de BAV lors d'une seconde grossesse serait de 15 à 20 %. Un traitement semble alors indiqué mais ses modalités restent à définir (63) : corticothérapie par la prednisone visant à faire baisser le taux de l'anticorps maternel, par la betaméthasone ou la dexaméthasone (70) qui, traversant la barrière placentaire, traiterait la myocardite fœtale mais a les inconvénients des effets d'une corticothérapie fœtale non contrôlée, échanges plasmatiques (63), éventuellement associés à l'azathioprine (71).

 

         Quelques observations récentes font état du traitement in utero d'un enfant atteint par la dexaméthasone parfois associée aux échanges plasmatiques et aux immunoglobulines (70, 72-74). Des rétrocessions d'ascite, d'épanchement pleuropéricardique et même transitoirement d'un BAV ont ainsi été rapportées. Pour certains la corticothérapie à faible dose (prednisone ou bêtaméthasone) pourrait avoir un rôle préventif (75).

         Il n'existe toutefois actuellement aucun consensus thérapeutique (76).

 

d)    Le syndrome des antiphospholipides (voir autre communication)

 

4)    La lactation  :

 

L'allaitement maternel est généralement  autorisé chez les femmes traitées par corticoïdes (37) ou anti-malariques de synthèse (77). Une dose de 80 mg/j de prednisone amènerait une sécrétion dans le lait qui serait inférieure à 10 % de la production endogène infantile, dose qui, en pratique, n'aurait pas d'effet clinique significatif (34). Moins de 2 % de la dose maternelle d'antimalariques de synthèse serait présente dans le lait, ce qui n'exclurerait toutefois pas le risque d'anomalie rétinienne chez l'enfant, compte-tenu des doses utilisées dans le lupus systémique. A l'inverse, les immunosuppresseurs et les anti-inflammatoires non stéroïdiens à cycle entéro-hépatique contre-indiquent l'allaitement maternel (34). L'allaitement maternel à distance d'une prise d'aspirine à faibles doses est autorisé, le pic dans le lait apparaissant 2 heures après le pic sérique (78).

 

En pratique

 

La grossesse chez une jeune lupique peut actuellement être envisagée de façon plus sereine lorsque le lupus est stable depuis un an. Il s'agit toutefois d'une grossesse à risque qui demande une parfaite collaboration entre les différents intervenants : interniste, néphrologue et gynécologue-obstétricien.

Ce problème doit être abordé très tôt avec la jeune patiente afin qu'une grossesse soit planifiée dans les meilleures conditions possibles. En effet la ou les consultations pré -conceptionnelles sont ici fondamentales pour :

·       reconnaître les contre indications de principe à une grossesse (Tableau I)

·       estimer au mieux le risque individuel : un antécédent obstétrical et la présence d'anticardiolipines étant des facteurs de mauvais pronostic ;

·       apprécier l'évolutivité de la maladie lupique ;

·       instaurer d'éventuels traitements ;

·       informer la patiente de la grossesse, de son déroulement et des éléments d'alarme ;

·       mettre en route une surveillance multidisciplinaire.

 

Avec un protocole de surveillance clinique, biologique et échographique (Tableau II) rapprochée et adaptée à la situation clinique (toutes les 4 semaines jusqu'à la 20e semaine de gestation, toutes les 2 semaines jusqu'à la 32e puis toutes les semaines jusqu'à l'accouchement), l'équipe de Hughes (79) a diminué de 81 à 36 % le taux de pertes fœtales dans une population à haut risque de lupus ayant un syndrome des antiphospholipides et des antécédents abortifs.

 

                  Le dépistage d'une anomalie clinique ou biologique suggestive d'une poussée lupique doit conduire à l'adaptation les doses de corticoïdes. Les poussées lupiques sont en règle facilement accessibles à l'augmentation de la corticothérapie et ne justifient pas l'avortement thérapeutique (80). Cette augmentation des doses de corticoïdes devra être maintenue pour le reste de la grossesse.

 

         Lorsqu'il paraît impossible de différencier une poussée lupique d'une pré-éclampsie, notamment lorsqu'il n'y a aucun signe extra-rénal, le traitement doit être mené plusieurs fronts : augmentation de la corticothérapie, repos, mise en route éventuelle ou adaptation du traitement anti-hypertenseur, voire discussion d'une extraction en fonction du terme.

 

                  Comme l'a suggéré Mintz (10) nous proposons une surveillance très régulière et la mise en route d'un traitement systématique associant une corticothérapie de 10 mg/jour associée à de l'aspirine à doses anti-agrégantes tant pour un syndrome des antiphospholipides éventuellement que pour diminuer le risque éclamptique (44). Cette politique d'anticipation, bien que non validée, peut être considérée comme sans effets secondaire. Sur 58 grossesses menées chez 34 femmes dont 26 ayant eu un lupus sévère nous n'avons observé que 16 poussées, minimes dans 10 cas. Une HTA, toujours régressive en post-partum, n'a été observée que 3 fois ; 49 enfants sont nés vivants, prématurés dans 28 cas dont 1 fois sur 4 avant la 37 SA. Le taux d'avortements de 21,4 % est un peu supérieur au taux de la population française et ne paraît pas toujours lié à la maladie lupique. L'institution systématique d'une corticothérapie associée à l'aspirine et/ou à l'héparine paraît donc bien tolérée, sans incidence significative sur la morbidité maternelle et fœtale et permet un taux d'enfants vivants de 96 % peu différent de celui de la population française.

 

TABLEAU I : Contre indications de principe à une grossesse au cours du LEAD

 

 

  Clairance de la créatinine < 50ml/mn

  HTA sévère

  Hypertension artérielle pulmonaire

  Valvulopathie mal tolérée

  Antécédents thrombotiques majeurs

  Corticodépendance > à ½ mg/kg/j

 

 

TABLEAU II : Protocole de surveillance d’une femme lupique enceinte

 

 

 Numération globulaire, Plaquettes

 Créatininémie, uricémie

 Fructosémie

 Protéinurie et calcuirie des 24 heures

 Phosphatases alcalines et transaminases

 CH 50, C3, C4

 Facteurs antinucléaires, anti-ADN, anti-Ro, anti-La

 Antiprothombinase, anticardiolipine

 Echographie fœtale

 Echocardiographie fœtale (16e semaine)

 Doppler des artères utérines et ombilicales

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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