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5ème
Congrès National de Médecine
Interne
Tunis
15 - 16 Mars 2002
SEXUALITE ET MENOPAUSE
HAFFANI.F, RIDHA. R, TRABELSI. I, TROUDI. H.
Attitudes et représentations sociales
Sexualité féminine et ménopause
La sexualité, ses représentations et son développement
Le
point de vue d'un psychiatre
L’élucidation
du problème de la sexualité féminine
est une « tâche irréalisable » . Freud.
A
notre connaissance il s’agit d’un sujet nouveau exceptionnellement mis sur
la place publique et qui n’a été, que
rarement, l’objet d’un intérêt médical en Tunisie. Il est vrai que la sexualité en général reste un sujet tabou, murée
dans les alcôves, muette mais répétitive et lancinante sans qu’on en sache
quelque chose. Que dire alors de la sexualité de la femme ménopausée? ?
Constitue-t-elle
un problème actuel ou s’agit-il d’une curiosité scientifique ? Nous irons
à la recherche de la problématique.
ATTITUDES ET REPRESENTATIONS
SOCIALES.
La ménopause est une réalité biologique, commune à toutes les femmes, marquée par des changements hormonaux et des modifications corporelles, soumise aux légendes et mythe culturels, largement influencée par les convictions sociales, les expectatives et les stéréotypes. Elle représente un événement hautement symbolique vécu selon les femmes comme une libération, un soulagement ou comme un traumatisme, une dépossession et au maximum comme une perte, perte de la jeunesse et de la féminité. Et en fonction des sociétés la ménopause peut être valorisée ou dévalorisante. En Afrique la ménopause permet à la femme d’entrer dans certains sanctuaires ou pratiquer des rites propitiatoires lui conférant pratiquement un statut de prêtresse. Mais cette considération que lui reconnaît la communauté exclue les rapports sexuels !
SEXUALITE FEMININE ET MENOPAUSE
Sur
le plan de l’activité sexuelle le rapport Simon ( 1970 ) indique que 60%
des femmes de plus de 50 ans ignoraient
ce que pouvait être une sexualité « normale » après la ménopause, et
que chez 43 % des femmes de plus de 50 ans les rapports sexuels se raréfient,
deviennent de plus en plus brefs et de mauvaise qualité et plus de 50% de ces
femmes souhaitaient l’arrêt des rapports sexuels.
Une
étude faite en France sur 300 femmes ménopausées a montré que 50% ont constaté
la disparition de l’appétit sexuel et éprouvent de la répulsion pour le rapport
sexuel.
La
thèse de Belhaj sur le comportement sexuel féminin en Tunisie (1993) a montré
que dans la tranche d’âge de 45-54 ans, 66% des femmes mariées font l’amour par
obligation, le chiffre monte à 91% dans la tranche d’âge de 55-69 ans.
Depuis
l’introduction du Traitement Hormonal Substitutif (THS) chez la femme
ménopausée toutes les études montrent que sa fonction sexuelle est quasiment
restaurée. Sarrel a montré que 90% des femmes se plaignant de difficultés
sexuelles ont retrouvé le désir et une activité sexuelle accrue après THS. Des doses plus élevées induisent de
meilleurs résultats et plus rapidement. La sensation clitoridienne a augmenté
significativement. Les femmes anorgasmiques sont redevenues orgasmiques. La
réponse la plus remarquable est le retour du désir sexuel chez 77% des femmes
qui n’avaient plus de désir depuis leur ménopause.
A
titre comparatif, Hamzaoui dans sa thèse sur la stérilisation tubaire (1992)
constate que 67% des femmes étudiées présentent des troubles sexuels dont 82%
rapportent une disparition de l’orgasme et 35 % signalent une dyspareunie, des
rapports sexuels difficiles, incomplet ou impossible. Pourtant on est loin de
l’hormonologie.
LA
SEXUALITE, SES REPRESENTATIONS
ET SON DEVELOPPEMENT.
Mœurs
et idéaux sexuels : la reproduction a été le centre souverain d’une
sexualité dominée et soumise, aujourd’hui
la sexualité s’affranchit d’une logique de fertilité. Le mot d’ordre est que chacun ne doit plus cacher sa sexualité
mais la réaliser et la libérer. La consigne est de ne pas brider ses envies
mais se réaliser dans l’épanouissement
sexuel. Mais peut-on désigner le sens d’une sexualité libre ?
Changement
de discours mais nous sommes dans la
même structure, la même injonction revient : obligation de suivre
des règles de la vie sexuelle qui d’interdite puis libérée va se retrouver
obligée. Au sexe honteux a succédé un sexe visible et accessible.
Le
plaisir n’est plus un pêché de civilisation mais une réalité biologique
mesurable, la science peut maintenant accéder à la connaissance absolue sur le
sexe.
Y
a t - il en Tunisie une évolution remarquable
des représentations et des valeurs sexuelles collectives et quel est l’impact
de telles modifications sur la structure
sociale et les idéaux sexuels ? Bien malin serait celui qui
pourrait répondre aujourd’hui.
LE POINT DE
VUE D’UN PSYCHIATRE
Pour
nous et d’emblée le psychiatre n’a que peu à faire avec la génialité ou la
sexualité génésique, nous n’avons rien à dire sur l’hormonologie, son déficit
et ses conséquences : sécheresse du vagin, ostéoporose et déficit libidinal, il s’agit là d’un réel
fonctionnant comme une butée incontournable, infranchissable et la réaction des
femmes est variable comme l’a montré la première partie de l’exposé.
Nous
nous intéressons au discours sur la sexualité et sur la ménopause, aux
représentations du sexe et de la ménopause. La mécanique sexuelle est
secondaire.
Nous
savons que la sexualité de la femme adulte n’est que l’aboutissement organisé
de la sexualité infantile, son vécu de femme ménopausée en sera influencé. Elle
s’est arraché petit à petit et s’est construite progressivement face aux peurs
archaïques à partir d’identifications, de séduction ; confrontée à
l’angoisse et aux interdits.
La
sexualité, son histoire et sa trajectoire de développement supporte la
personnalité de l’individu, détermine ses conflits et module sa structure
psychique. La ménopause en réveillant des complexes refoulés va remettre en
question certaines certitudes. C’est
cette organisation psychique qui va donner sens à cet événement et les
réactions observées en seront la stricte image.
Nous
voyons que la sexualité plonge ses racines très loin, se confond avec
l’histoire de l’être et se nourrit de
ses conflits inconscients. La femme ménopausée n’échappera pas à cette
dialectique.
Donc
pas d’accès à la sexualité sans discours, sans support de la parole qui
instaure une coupure entre la vérité de la chose et le savoir sur la chose, qui
met une distance entre le réel et l’imaginaire. « Les symptômes
névrotiques ne se relient pas directement à des événements réels mais à des fantasmes
de désir » nous dit Freud.
Alors
sexualité et ménopause, que peut-on répondre ? Pour le psychiatre la
sexualité n’est pas réductible à la fonction sexuelle et la ménopause n’est
qu’un moment de l’histoire comme le reste (puberté, mariage, grossesse, accouchement,
avortement, deuil), moment banal et ordinaire révélateur au passage de points
d’ancrage de la structure.
La
véritable question à se poser c’est « que veut une femme
ménopausée ? ». Nous constatons actuellement que les femmes vivent leur expérience
ménopausique, les hommes regardent et la médecine transforme la ménopause en
maladie sinon en situation à risque, et voilà qu’elle veut libérer leur sexe,
artificialiser leur désir à coup d’hormones et de lubrifiant pour qu’elles
restent accessibles et disponibles.
Ne
sommes nous pas face à une fétichisation du sexe ?
Bismarck
à qui le Kaiser demandait de relancer la natalité allemande a répondu :
« Sire,
mon influence s’arrête à la porte des chambres à coucher ».
Attendons donc la parole de ces femmes et écoutons d’abord ce qu’elles désirent.