
TRAITEMENT HORMONAL SUBSTITUTIF DE LA MENOPAUSE.
RISQUES ET BENEFICES
SFAR Rachida.
Le
THS c'est quoi ?
Bénéfice
sur la qualité de vie des femmes
Bénéfice osseux du THS
Bénéfice
cardiovasculaire du THS
L'essai clinique HERS
THS et
modifications du profil lipidique
THS
et modifications des paramètres non lipidiques
Que retenir ?
Autres bénéfices du
THS
THS et risque
de cancer du sein
Quelques nuances
à apporter
Que dire aux patientes
?
Autres risques du THS
Conclusion

Malgré une
prescription qui date maintenant de quelques dizaines d’années, le traitement
hormonal substitutif de la ménopause oscille encore entre certitudes et
suppositions :
- sur son
efficacité : protection cardiovasculaire, prévention des fractures aux
âges avancés…
- sur son
innocuité : augmentation du risque de cancer du sein, du risque
thromboembolique…
- sur ses
nouvelles cibles potentielles : prévention du vieillissement cérébral et
cognitif…
Notre
propos est de tenter de faire le point sur les rapports bénéfices-risques du
THS en se conformant aux notions actuelles d’evidence-based medecine. Pour
cela, nous disposons certes d’une littérature abondante, mais la plupart des
études sont méthodologiquement imparfaites.
- Il
s'agit d'un traitement hormonal donné après la ménopause pour pallier la carence
estrogénique. Un progestatif est associé pour éviter les effets
prolifératifs sur l'endomètre (hyperplasies ou cancers), il est donc
inutile en cas d'hystérectomie.
- Il
n'y a pas de traitement standard, mais une multitude d'estrogènes, de
progestatifs, d'associations de différents produits, plusieurs voies
d'administration (orale, cutanée, injectable, intravaginale) et schémas
posologiques possibles (cyclique avec 10 à 15 jours de progestatif,
combiné continu...).
- Les
estrogènes le plus couramment utilisés sont :
- les
estrogènes conjugués équins, les plus utilisés dans le monde et les mieux
évalués ;
- l'estradiol
oral ou transdermique (en gel ou en patch).
- Les
progestatifs le plus couramment utilisés sont :
- l'acétate
de médroxyprogestérone : c'est le plus prescrit et le plus étudié dans le
monde ;
- les
dérivés de la nortestostérone, comme l'acétate de noréthistérone ;
- les
progestatifs de type norprègnane (nomégestrol, promégestone);
- la
progestérone naturelle (micronisée) et son isomère (dydrogestérone).
top
- THS
ET SYMPTOMES FONCTIONNELS DE LA MENOPAUSE :
Des essais cliniques randomisés testant des traitements différents ont
démontré une supériorité des traitements hormonaux sur le placebo pour
soulager les symptômes fonctionnels mesurés à l'aide d'une échelle remplie
par les patientes listant 11 symptômes (bouffées de chaleur avec ou sans
sueurs, paresthésies, insomnie, nervosité, tristesse, vertiges, asthénie,
arthralgies ou myalgies, céphalées, palpitations, fourmillements).
Les résultats vont tous dans le même sens et suggèrent un effet dose, les
doses d'estrogènes les plus importantes étant plus efficaces sur les
symptômes, ce qui permet l'adaptation de la posologie des estrogènes sur
les symptômes fonctionnels.
- THS
ET SYMPTOMES GENITO-URINAIRES :
Une méta-analyse des études de l'efficacité des traitements de la
ménopause sur les symptômes génito-urinaires (incontinence d'effort,
mictions impérieuses, vaginite atrophique avec dyspareunie, infections urinaires
récidivantes) relève une amélioration des symptômes subjectifs
statistiquement plus importante avec les estrogènes qu'avec le placebo.
Cette différence n'est pas significative pour les signes objectifs (volume
des pertes d'urines, urodynamique).
- THS
ET QUALITE DE VIE :
Un essai clinique contrôlé chez 242 femmes sur 12 semaines a montré que la
qualité de vie en relation avec la santé et le bien-être était très
significativement améliorée dans le groupe estradiol transdermique par
rapport au groupe placebo. La qualité de vie était significativement
améliorée par un THS comparé à un traitement non hormonal des symptômes.
top
- Le
THS ralentit la perte osseuse post-ménopausique mais a un effet supposé
sur la réduction de l'incidence des fractures.
- THS
ET PERTE OSSEUSE :
L'efficacité des estrogènes pour ralentir la perte osseuse (mesurée le
plus souvent par densitométrie) a été démontrée par plusieurs essais
cliniques randomisés, contre placebo, sur des durées de 1 à 3 ans, et avec
des traitements différents.
- THS
ET RISQUE FRACTURAIRE :
Ce ne sont que des études d'observation, études cas-témoins, qui ont
montré une réduction de 50 % de l'incidence des fractures liées à
l'ostéoporose chez les femmes traitées par estrogènes conjugués équins.
Ces études n'étant pas randomisées, on ne peut avoir la certitude que la
réduction des fractures observée est due au traitement et pas à la
sélection des patientes. L'effet des autres traitements sur les fractures
n'a pas été évalué, notamment en raison d'un recul insuffisant.
top
- MENOPAUSE
ET RISQUE CARDIOVASCULAIRE :
Plusieurs études épidémiologiques, dont celle de Framingham, ont mis en
évidence une incidence plus élevée de la maladie coronarienne, mais aussi
du risque cardiovasculaire général, chez les femmes ménopausées non
traitées par rapport aux femmes non ménopausées.
- PREVENTION
DU RISQUE CARDIOVASCULAIRE PAR LE THS. MYTHE OU REALITE ?
De nombreuses études d'observation (études de cohorte, études cas-témoins)
ont mis en évidence une réduction du risque de cardiopathies ischémiques
chez les femmes prenant des estrogènes (le plus souvent estrogènes
conjugués équins, sans progestatif). Aucune réduction des accidents
vasculaires cérébraux n'a été mise en évidence.
Ces études ont inclus un très grand nombre de femmes. La « Nurses
Health Study » par exemple comporte à elle seule une cohorte de 48
470 infirmières américaines suivies depuis plus de dix ans. Le nombre de
patientes prises en compte dans les méta-analyses avoisine 100 000.
L'importance de la réduction des cardiopathies ischémiques est estimée de
30 à 50 %, et ce résultat a moins de 1 % de chances d'être dû au hasard (p
= 0,01). Tous ces éléments traduisent une bonne précision de l'estimation
du risque relatif, donc une bonne puissance statistique. Cependant, dans
la mesure où les études ne sont pas randomisées, leur "puissance
méthodologique" est faible, et ne permet en rien de conclure à une
relation de causalité entre THS et moindre risque le moindre risque de
cardiopathies ischémiques observé peut être dû à des biais, inhérents au
plan expérimental des études de cohorte ou aux études cas-témoins, et pas
au traitement.
- L’ESSAI
CLINIQUE HERS :
C’est le seul grand essai de prévention, randomisé en double aveugle, dont
les résultats sont actuellement connus.
top
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Etude HERS (Heart and Estrogen/Progestin
Replacement Study)
- Objectif :
évaluer l'efficacité d'un THS pour prévenir les infarctus du myocarde
chez les femmes coronariennes.
- Nombre de femmes :
2 763
- Durée du suivi :
4,1 ans en moyenne
- Plan expérimental :
essai clinique randomisé, en double aveugle, à deux groupes parallèles :
- estrogènes
conjugués équins (0,625 mg) associés à acétate de médroxyprogestérone
(2,5 mg)
- placebo
- Résultats :
- 176
infarctus du myocarde, fatals ou non, dans le groupe placebo, et 172
dans le groupe traité : pas de différence entre les groupes
- pas
de différence entre les groupes pour les autres critères de l'étude :
revascularisation coronaire, angor instable, insuffisance cardiaque
congestive, arrêt cardiaque récupéré, accident vasculaire cérébral
constitué et transitoire
- diminution
de 14 % du cholestérol LDL, augmentation de 8 % du cholestérol HDL et
augmentation de 10 % des triglycérides
- risque
de thrombose veineuse profonde presque 3 fois supérieur dans le groupe
traité
- risque
de pathologie biliaire 1,5 fois supérieur dans le groupe traité.
- Conclusion :
le traitement testé n'a pas réduit le risque coronarien pour les
patientes incluses.
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(JAMA1998 ; 280 : 605-13)
top
- EFFETS
DES OESTROGENES :
Les effets des estrogènes sont relativement clairs et dépendent
essentiellement de la voie d'administration et de la dose utilisée.
L'apport oral d'estrogènes conjugués équins (utilisés dans la plupart des
études épidémiologiques), du valérate d'estradiol ou du 17 b-estradiol
entraîne :
- une augmentation du HDL-Cholesterol de 8 à 20 % et
- une diminution du LDL-Cholesterol de 4 à 16 %.
- Le cholestérol total est peu modifié, avec une baisse de 4 à 9 %,
- les triglycérides augmentent de 20 % en moyenne en restant
le plus souvent dans les zones normales chez les femmes non
dyslipidémiques avant traitement.
La lipoprotéine A est reconnue comme facteur de risque cardiovasculaire
indépendant, en particulier en raison de son rôle athérogène et
thrombogène potentiel. Les données de l'influence du THS sur la
lipoprotéine A sont encore peu importantes, limitées à un petit nombre de
patientes traitées pendant de courtes périodes. Certains auteurs ont
rapporté l'absence de modifications de la lipoprotéine A sous 17 b-estradiol
(2 mg/j), alors que trois études ont signalé un abaissement de 14 à 32 %
sous estrogènes conjugués équins (0,625 et 1,25 mg/j.
Par voie percutanée ou transdermique, les modifications ne sont pas
significatives ou sont beaucoup plus modestes.
L'évolution du profil lipidique est donc favorable sur 3 paramètres [HDL
C, LDL C, lipoprotéine A ]. L'augmentation potentiellement délétère des
triglycérides par augmentation de synthèse des VLDL, si elle reste dans
les zones normales, ne semble pas contrebalancer cet effet bénéfique.
L'impact des estrogènes sur le métabolisme hépatique pose bien sûr le
problème du retentissement potentiel sur les facteurs de l'hémostase, mais
les études récentes ne montrent pas d'effets aux doses utilisées
- EFFETS
DES PROGESTATIFS :
La grande diversité des progestatifs utilisés rend complexe l'analyse de
leurs effets sur le métabolisme lipidique. Leurs différences résident
essentiellement dans leur pouvoir androgénique, qui s'oppose aux effets
métaboliques ou vasculaires directs des estrogènes, ce qui est susceptible
d'en réduire l'effet protecteur. La dose utilisée pondère en partie cette
influence.
La progestérone naturelle et son dérivé proche, la dydrogestérone, ne sont
pas androgéniques. Les progestatifs de synthèse sont schématiquement
séparables en progestatifs à noyau prégnane ayant des effets androgéniques
nuls ou faibles (dérivés de la 17 OH-progestérone, dérivés de la 19
norprogestérone), et en progestatifs norstéroïdes dérivés de la 19
nortestostérone ayant des effets androgéniques plus importants.
Les progestatifs naturels et dérivés ne changent pas les modifications
observées sous estrogènes. Les dérivés à noyau prégnane (dans les études
ont été essentiellement utilisées la médroxyprogestérone et la
medrogestone) ne modifient pas les résultats concernant l'augmentation des
Triglycérides et la baisse du LDL-C, mais semblent diminuer légèrement
l'élévation du HDL-C et renforcer la diminution du CT.
Les données sur les effets des norstéroïdes associés à un traitement
estrogénique mettent en évidence un abaissement plus important du CT et du
LDL-C et une annulation de l'élévation des TG. En ce qui concerne le HDL-C,
la plupart des études retrouvent une annulation de l'augmentation obtenue
sous estrogènes, et plus rarement une inversion d'effet selon le produit,
la dose et le schéma utilisés.
Enfin, plusieurs études utilisant un dérivé naturel ou un norstéroïde à
faible dose en association avec un estrogène ont montré un abaissement de
15 à 50 % de la lipoprotéine A.
- THS
ET MODIFICATIONS DES PARAMETRES NON LIPIDIQUES :
Les modifications du risque cardiovasculaire à la ménopause et sous THS ne
sont pas limitées aux variations du profil lipidique. L'amélioration du
profil lipidique, initialement considérée comme facteur essentiel,
n'expliquerait en fait que 30 % de l'effet protecteur. Les effets
potentiels des estrogènes sur l'endothélium, la vasomotricité, le métabolisme
glucidique jouent probablement un rôle important qu'il reste à préciser,
ainsi que l'impact du traitement progestatif associe sur ces facteurs. Le
THS semble avoir un effet favorable sur les autres facteurs de risque
cardiovasculaire. Sous THS, il est rapporté une moindre prise de poids et
une absence de détérioration du profil tensionnel, de la tolérance
glucidique et des facteurs de la coagulation.
- QUE
RETENIR ?
Les études épidémiologiques de cohorte objectivent une augmentation de 2 à
3 fois du risque cardiovasculaire après la ménopause et une diminution de
l'ordre de 50 % du risque relatif sous THS. Mais ces études, faites avec
les estrogènes conjugués équins, n'ont pas été randomisées.
L'essai clinique randomisé de prévention secondaire HERS n'a pas montré de
bénéfice du THS chez 2763 patientes coronariennes suivies 4,1 ans en
moyenne, mais a confirmé un risque accru de thrombose veineuse profonde et
de pathologie biliaire.
L'effet des estrogènes sur l'appareil cardiovasculaire suscite un grand intérêt
en raison de leur possible effet protecteur. L'amélioration du profil
lipidique, initialement considérée comme facteur essentiel, n'expliquerait
en fait que 30 % de l'effet protecteur. Les cellules de la paroi
vasculaire pourraient donc représenter la cible principale des estrogènes,
ce que suggèrent à la fois des travaux expérimentaux et des travaux
cliniques.
Les estrogènes par voie orale entraînent une augmentation du
HDL-cholestérol et une diminution du LDL-cholestérol, mais aussi de la
lipoprotéine A, l'ensemble allant dans le sens d'un moindre risque
cardiovasculaire. Mais il y a une élévation des triglycérides pouvant aller jusqu'à 20 %. Les effets
de l'apport d'estrogènes par voie percutanée ou transdermique sont encore
discutés, et de toute façon plus limités.
L'association d'un progestatif est susceptible, en fonction de son pouvoir
androgénique, de s'opposer à l'effet bénéfique des estrogènes. Le bénéfice
potentiel de la diminution des triglycérides et du renforcement de
l'abaissement de la lipoprotéine A avec certains progestatifs n'est pas
démontré.
- Y a
t’il une indication de THS de la ménopause dans le cadre de la prévention
cardiovasculaire ?
top
- D’autres
bénéfices du THS sont relevées dans certaines études :
- Amélioration
de la perception cognitive et possible prévention de la maladie
d'Alzheimer et de la dégénérescence maculaire sénile, première cause de
cécité chez le vieillard.
- Réduction
de l’incidence du cancer du colon sous THS.
- Ces
constats méritent des études épidémiologiques plus approfondies.
top
- L’association
cancer du sein TSH fait l’objet de nombreux articles contradictoires.
Toutes les grandes études épidémiologiques confirment une augmentation du
risque de cancer du sein.
La méta analyse d’Oxford publiée dans le LANCET en 1997 a réanalysé
90% de toutes les études épidémiologiques concernant cette association. Au
total 51 études provenant de 21 pays ont été colligés. Ce travail concerne
53865 femmes en post ménopause (17 949 cas et 35 916 contrôles) parmi
lesquelles 17 730 ont utilisé un THS. 34% des femmes ont utilisé le THS
plus de cinq ans. D’après cette méta analyse :
- La
ménopause diminue le risque de développer un cancer du sein quelque soit
l’âge de sa survenue.
- Les
auteurs notent une augmentation du risque avec l’augmentation de l’âge de
la ménopause.
- Le
risque du cancer du sein augmente de 1.028 pour chaque année de ménopause
retardée.
- L’augmentation
de l’incidence du cancer du sein liée au THS, l’augmentation du risque
serait de 1.023 par année d’utilisation.
- Le
risque absolu imputé au THS est de :
2 pour 1000 femmes prenant la THS pendant 5 ans.
6 pour 1000 femmes prenant le traitement pendant 10 ans.
12 pour 1000 femmes traitées pendant 15 ans.
Cette étude ne permet pas de
différencier un type d’œstrogène ni de rassurer sur l’adjonction de progestatif
comme élément protecteur.
Les cancer du sein découverts sous THS sont de meilleur pronostic.
- La
méta analyse Oxford confirme que le THS permet de découvrir un cancer à un
stade plus précoce avec moins de risque d’atteinte ganglionnaire et avec
moins de métastases.
- La
méta-analyse du Lancet concerne 51 études sur 161.116 femmes ; elle
confirme un risque relatif de 1,35 chez les utilisateurs d'estrogènes
pendant 5 ans ou plus, avec une augmentation annuelle du risque de 2,3%
pour chaque année d'utilisation d'estrogènes (Lancet, 1997, 350, 1047-59).
- La
« Nurses Health Study » a évalué le risque de cancer du sein lié
à la prise d'estrogènes. Le risque relatif était de 1,46 pour les femmes
prenant des estrogènes seuls pendant plus de 5 ans lorsqu'elles
commençaient leur traitement à l'âge de 50-54 ans. Lorsque le traitement
était initié entre 55 et 59 ans, le risque relatif à la prise d'estrogènes
était de 1,54 et de 1,71 pour les femmes prenant des estrogènes, plus de 5
ans à partir de 60-64 ans (N. Engl J Med., 1995, 332, 1589-93).
- SCHAIRER
et coll. démontrent que, pour l'ensemble de la population étudiée (46.355
femmes), le risque absolu attribuable au traitement pendant 10 ans est de
0,2% des femmes traitées par les estrogènes seuls et 1,6% des femmes
traitées par les estroprogestatifs (JAMA, 2000, 283, 485-91).
top
- Une
erreur grave d’interprétation des résultats des études consiste à
confondre le risque relatif et le risque absolu. Un risque relatif de 1,3
ne veut pas dire qu’il y a 30% de cancers en plus, mais que 3 femmes de
plus sur 100 auront un cancer.
D’autre part, pour les statisticiens et les épidémiologistes, un risque
relatif jusqu’à 2 peut être non significatif.
- Sur
le plan scientifique, seules des études bien menées (prospectives,
randomisées et contrôlées) pourront estimer avec certitude les risques de
cancer mammaire attribuables aux estrogènes et estroprogestatifs. De
telles études sont en cours (Women's Health Initiative Study). Elles
seront analysables à partir de 2005. Les études actuellement disponibles
souffrent de nombreux biais : les femmes sous THS ne ressemblent pas
dans leur comportement social à celles qui ne prennent pas de traitement,
elles sont mieux suivies, il existe un biais dû au surpoids et à la
consommation d’alcool (responsable de pics d’estradiol).
- Il
existe une augmentation spontanée du risque de cancer du sein avec l’âge.
- La
légère augmentation de risque de cancer du sein observée avec le THS
pourrait provenir :
- d'un meilleur dépistage, les femmes traitées étant mieux surveillées ;
- d'une stimulation de tumeurs latentes pré-existantes, parvenant ainsi
plus tôt au seuil de dépistage radiologique : autrement dit pouvoir
promoteur du THS et non
initiateur. A l'appui de cette considération importante, le fait
que l'augmentation du risque disparaît 2 à 5 années après arrêt du THS.
- Enfin,
il n'est pas démontré que les progestatifs réduisent le risque de cancer
du sein, ni qu'ils l'augmentent.
top
- La
relation entre cancer du sein et hormonothérapie est très plausible :
le THS semble avoir à long terme le même effet sur l’augmentation du
risque du cancer du sein qu’une ménopause très tardive.
Toutefois, dans une perspective risque-bénéfice, les bénéfices du THS
dépassent le plus souvent ses risques.
- Préciser
le nombre de cas supplémentaires de cancer du sein que peut induire le THS :
2 cas pour 1000 femmes traitées pendant 5 ans
6 cas pour 1000 femmes traitées pendant 10 ans
12 cas pour 1000 femmes traitées pendant 15 ans
- Les
durées du traitement doivent tenir compte de ces données et surtout des
objectifs fixés pour ce THS. La durée du THS peut être différente dans le
cas de l’amélioration de la qualité de vie ou de la prévention de la
fracture ostéoporotique.
- Informer
de l’effet néfaste de l’alcool.
- Tenir
compte des symptômes pour ajuster le THS, éviter les mastodynies, modifier
la posologie ou le schéma si apparaît une surdensité à la mammographie.
- Il
est admis de ne prescrire que des œstrogènes chez les femmes
hystérectomisées.
- L’arrêt
du traitement vient progressivement annuler l’augmentation de l’incidence
des cancers du sein mais diminue la protection vis à vis de l’ostéoporose
et des fonctions cognitives.
- Il
faut discuter de l’apport des autres molécules Raloxifène et Tibolone.
Les SERM (Specific estrogen Receptor Modulators) qui ont une action anti
œstrogène sur le sein (Tamoxifène, Raloxifène) réduiraient l’incidence du
cancer du sein.
Après une première étude très encourageante montrant que le Tamoxifène
réduit le risque de 45%, deux études l’une anglaise l’autre italienne
viennent modérer l’enthousiasme en précisant l’absence de différentes
significations entre placebo et Tamoxifène.
Une étude prospective randomisée comparant le Raloxifène (modulateur des
récepteurs œstrogéniques) avec placebo a montré que le Raloxifène diminue
le risque de cancer du sein avec récepteur œstrogénique RE positif de 90%.
Mais non le risque de cancer du sein RE négatif.
- La
réalisation de la balance (risques / bénéfices) doit être individuelle.
- Il
est en outre important d'expliquer qu'il n'est pas démontré
scientifiquement de risque cumulatif des estrogènes des autres facteurs de
risques tels que une histoire familiale de risque de cancer mammaire, la
présence d'une hyperplasie atypique ou d'autres affections prolifératives
bénignes. Toutefois, les études épidémiologiques pourraient ne pas avoir la
puissance statistique de démontrer de telles associations. La prudence
recommande donc d'éviter la prescription d'estrogènes et
d'estroprogestatifs chez les personnes présentant des facteurs de risques
supplémentaires de cancer mammaire.
top
- THROMBOSE
VEINEUSE PROFONDE :
Le risque de thrombose veineuse profonde (phlébite ou embolie pulmonaire)
est multiplié par 2 à 3 chez les femmes sous THS (étude HERS).
- PATHOLOGIE
BILIAIRE :
Le risque de pathologie biliaire est accru de 30 % environ (étude HERS).
- CANCER
DE L’ENDOMETRE :
Il y a un risque accru de cancer de l'endomètre (RR = 2,2 à 7) sous
traitement estrogénique seul, mais pas lorsque le traitement est
estroprogestatif. Dans l'essai clinique randomisé PEPI (JAMA 1995 ; 273 :
199-208), 34 % des femmes du groupe estrogène seul avaient une hyperplasie
de l'endomètre, contre 1% dans les autres groupes (estrogène +
progestatif, placebo). Pour cette raison, il est recommandé de ne pas
prescrire d'estrogène seul aux femmes non hystérectomisées. Inversement,
il n'est pas utile de prescrire un progestatif à une femme
hystérectomisée.
top
- La
seule indication du THS validée par des essais cliniques randomisés est le
traitement des troubles fonctionnels de la ménopause.
Les contre-indications sont liées au risque de thrombose veineuse
profonde, de pathologie biliaire et de cancer hormonodépendant (sein,
endomètre). Ces risques doivent être expliqués aux patientes, pour
qu'elles connaissent les signes d'alarme et les situations susceptibles
d'aggraver ce risque (immobilisation...), et doivent être mis en balance
avec les effets bénéfiques attendus. Pratiquement tous les types de
traitement ont été testés dans cette indication, et le choix de la voie
d'administration (orale ou patch) et de la posologie (continue "sans
règles" ou cyclique) peut être laissé à la patiente. La dose la
meilleure pour une patiente donnée est la plus faible qui permet de
maîtriser les symptômes. La durée du traitement dépend logiquement de la
durée des symptômes, de 6 mois à 2 ans en moyenne.
- La
prévention primaire ou secondaire du risque cardiovasculaire n'est pas une
indication de THS.
Le THS ne prévient pas la morbidité et la mortalité par infarctus chez les
femmes coronariennes ; le THS ne doit par conséquent être prescrit à ces
patientes qu'après qu'auront été pesés les avantages et les inconvénients.
Chez les femmes indemnes de cardiopathie ischémique, la preuve d'une
efficacité pour prévenir les maladies cardiovasculaires n'est pas faite
(une étude en prévention primaire est en cours aux Etats-Unis). Pour les
femmes présentant d'autres facteurs de risque, il existe des
thérapeutiques validées, comme les antihypertenseurs ou les
hypolipémiants.
- La
prévention des fractures liées à l'ostéoporose n'est pas non plus une
indication validée par des essais randomisés.
L'amélioration de la masse osseuse peut être un objectif thérapeutique
pour des patientes à risque de fracture, ce que l'on ne sait pas
déterminer de façon fiable. Une « masse osseuse basse » (avec
une définition précise) pourrait constituer une indication, mais cela
implique qu'il existe une politique de dépistage pour identifier ces
patientes, ce qui n'est pas le cas actuellement.
- Enfin,
si le risque de cancer de l'endomètre est maîtrisé par l'adjonction d'un
progestatif, une possible augmentation du risque de cancer du sein incite
à la prudence.
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