Le diabète est un problème de santé publique universel. Sa gravité est liée au risque de survenue de complications chroniques et à la difficulté de sa prise en charge.
Le diabète de type 2 est la forme la plus fréquente de la maladie et dont la physiopathologie est la plus complexe et la plus mal connue. Il s’intègre le plus souvent dans le cadre d’une constellation d’anomalies métaboliques et vasculaires dénommée « syndrome métabolique ».
L’estimation de la prévalence du diabète de type 2 est confrontée à des limites, liées principalement aux critères et aux moyens diagnostiques utilisés.
La faible incidence du diabète de type 1 (7/ 100 000 habitants/an dans la population de moins de 20 ans) permet d’assimiler les prévalences du diabète trouvées dans les enquêtes transversales suivantes à celles du diabète de type 2, d’autant plus que ces travaux ont porté sur des populations adultes.
1. L’enquête de 1976, a eu lieu en milieu urbain et s’est intéressée à un échantillon représentatif de la population de Tunis composé de 3826 adultes (âge ≥ 20 ans). En utilisant l’interrogatoire et le dosage de la glycémie à jeun (seuil à 1,40 g/l), elle a permis d’estimer la prévalence du diabète sucré à 3.8% (4.3% chez les hommes et 3.4% chez les femmes).
2. En 1980, l’étude d’un échantillon représentatif de la population du gouvernorat de Siliana (milieu rural), avec les mêmes critères que le travail précédent, a trouvé une prévalence de 1.3%.
3. En 1985, la prévalence du diabète a été estimée à 9.2%, celle de l’intolérance au glucose à 10.7%, et ceci en appliquant les critères de l’OMS 1985 (HGPO) sur un échantillon représentatif de la population adulte urbaine de Tunis, comportant 1875 sujets d’âge supérieur ou égal à 30 ans (et en tenant compte des diabétiques connus et traités).
4. En 1988/1990, au Cap-Bon (dans les milieux urbain et rural), l’étude d’un échantillon représentatif de 692 sujets âgés de 35 à 55 ans a permis d’estimer la prévalence du diabète sucré dans cette région à 6.4% (9.7% en zone urbaine et 2.4% en zone rurale), en se basant sur les données de l’interrogatoire et le résultat du dosage de la glycémie à jeun (≥ 1.40 g/l).
5. En 1990/1991, l’application des mêmes critères que ceux du travail précédent sur un échantillon représentatif de 555 sujets adultes (âge ≥ 20 ans) appartenant à une communauté semi-urbaine du Sahel Tunisien (Kalaa Kebira), a permis d’estimer la prévalence du diabète dans cette population à 6.5%.
6. En 1996, dans le gouvernorat de l’Ariana, l’étude d’un échantillon représentatif de 5332 sujets adultes âgés de 35 à 65 ans par l’anamnèse et le critère (glycémie à jeun ≥ 1.26 g/l) a estimé la prévalence du diabète sucré à 12.7%.
7. L’Enquête Nationale de Nutrition de 1996/1997 a concerné tout le territoire national et s’est basée sur les données de l’interrogatoire et la valeur de la glycémie à jeun. Elle a permis d’estimer la prévalence du diabète dans la population tunisienne adulte (âge ≥ 20 ans) à 9.9% (9.5% chez les hommes et 10.1% chez les hommes).

Figure 1 : Evolution de la prévalence du diabète en Tunisie.
La fréquence du syndrome métabolique n’a pu être estimée que dans une population adulte (âge ≥ 40 ans) urbaine (Tunis), à partir des données d’une étude réalisée en 1995. Elle a varié de 25% (NCEP ATPIII) à 45% (IDF), en passant par 29% (OMS).
L’incidence annuelle du diabète de type 2 est estimée à environ 1%, dans la population adulte (âge ≥ 30 ans) urbaine (du grand Tunis), ayant initialement une tolérance normale au glucose. Elle se situe aux alentours de 5%, chez des sujets ayant une intolérance au glucose ou une hyperglycémie modérée à jeun.
1. La résidence en milieu urbain multiplie le risque de développer un diabète sucré de 1.5 aussi bien chez l’homme que chez la femme (dans la population adulte âgée de 20 ans et plus).
2. L’âge s’associe à une augmentation du risque du diabète de type 2, dont le risque est multiplié par environ 2,5 pour la population de plus de 40 ans.
3. L’obésité précède en général le diabète en effet :
· un IMC élevé multiplie par environ 2 le risque de développer un diabète dans la décennie qui suit.
· une surcharge pondérale (IMC≥ 25 kg/m2) multiplie le risque d’avoir un diabète par 1.5.
· un tour de taille de plus de 88 cm chez la femme multiplie le risque de diabète par 2.
4. Les troubles de la tolérance glucidique témoignent d’une altération de l’homéostasie glucidique et s’accompagnent d’un risque 5 fois plus élevé de développer un diabète par rapport à la population ayant une tolérance normale au glucose.

Figure 2 : Prévalence du diabète en fonction de l’âge (Enquête Nationale de Nutrition).
Le diabète de type 2 peut rester asymptomatique pendant plusieurs années (en moyenne de 7 à 10 ans), ce qui explique que dans l’Enquête Nationale de Nutrition, le diagnostic n’était connu au préalable que chez un patient sur 4. Ainsi, au moment de la découverte de la maladie, des complications chroniques peuvent être déjà présentes.
En ce qui concerne la prévalence du diabète de type 2, la Tunisie semble se situer à un niveau intermédiaire entre les pays à risque élevé et ceux les moins touchés par la maladie.
L’augmentation constante du nombre des patients, qui nécessitent une prise en charge médicale et paramédicale, doit amener à réfléchir à une meilleure organisation des soins (création de réseaux, plus grande implication du personnel paramédical…) et une optimisation de l’utilisation de nos ressources.