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OBESITE ET MORBIDITE
L. Ben Hassine, H. Abid, N. Khalfallah
Service de Médecine Interne B. Hôpital Charles Nicolle
ACCIDENTS VASCULAIRES CÉRÉBRAUX
INSULINORESISTANCE ET SYNDROME METABOLIQUE
COMPLICATIONS OSTEO-ARTICULAIRES
COMPLICATIONS DIGESTIVES ET HEPATOBILIAIRES
DIFFICULTES DE L’INVESTIGATION CLINIQUE
“Corpulence
is not only a disease itself, but the harbinger of others”
Hippocrate
L’obésité
est significativement associée à un certain nombre de pathologies. Parmi ces
complications somatiques, on peut distinguer :
-
Les conséquences
immédiates de l’inflation de la masse graisseuse, parfois graves à court terme,
telles que l’insuffisance respiratoire et/ou cardiaque ;
-
Les conséquences
liées au diabète, aux dyslipémies, à l’hypertension artérielle qui expriment
leurs effets à long terme sous forme de complications de l’athérosclérose ou de
la microangiopathie diabétique ;
-
Les
complications mécaniques invalidantes, en particulier articulaires survenant au
long cours ;
-
Le risque accru
de certains cancers.
Les
pathologies associées à l’obésité sont dominées par les maladies
cardio-vasculaires, suivies par le diabète et certains cancers, en particulier
chez la femme (1).
Les
complications respiratoires et psychologiques qui vont faire l’objet de deux
exposés, ne seront pas détaillées.
L’obésité
augmente l’incidence du diabète, de l’HTA et des dyslipidémies. Aussi, son rôle
propre dans les maladies cardiovasculaires (coronaropathies, accidents
vasculaires cérébraux) a-t-il été longtemps minimisé car il s’effaçait derrière
celui de ces facteurs.
L’étude
de Framingham a mis en évidence un effet de l’obésité sur l’incidence des
maladies cardiovasculaires chez des sujets sans autre facteur de risque mais
cet effet était plus fort en valeur absolue chez les hommes que chez les femmes
(2). Les femmes ayant un
indice de masse corporelle ou body mass index en langue anglaise (BMI) ≥29
ont quatre fois plus de risque de décéder de ces maladies que les femmes les
moins corpulentes (BMI <19) (3).
HYPERTENSION ARTERIELLE (HTA) :
La
prévalence de l’HTA est plus élevée chez les sujets obèses, en particulier chez
le sujet jeune. Le risque d’HTA est plus de 5 fois supérieur chez les sujets
obèses que chez ceux ayant un poids normal (4). Dans plus de 85% des
cas, l’HTA survient chez des sujets dont le BMI est supérieur à 25 kg/m2 (5).
L’effet
du poids se manifeste pour des surcharges pondérales modérées et est
considérablement accru en cas d’obésité à distribution abdominale.
Rappelons
l’importance de mesurer la pression artérielle avec un brassard adapté à la
circonférence du bras du patient : l’utilisation d’un brassard trop petit
expose à une surestimation de la PA et à des diagnostics par excès.
L’augmentation
de la PA avec l’excès de poids s’explique en partie par :
-
la libération
d’angiotensinogène (précurseur de l’angiotensine) par les adipocytes,
-
une augmentation
du volume sanguin associée à l’augmentation de la masse corporelle,
-
et en réponse à
l’augmentation de la viscosité sanguine. Cette dernière est elle-même due à la
libération de profibrinogène et d’inhibiteur de l’activateur du plasminogène
par les adipocytes avec une baisse de l’activateur du plasminogène (6).
Plusieurs
études ont montré le bénéfice apporté par la perte de poids comme mesure non
pharmacologique complémentaire aux traitements médicamenteux chez les patients
obèses hypertendus et normotendus (7,8).
Ainsi, une perte de poids de 5 à 10% du
poids initial s’accompagne en moyenne d’une baisse de 5 à 9 mmHg de PAS et de 2
à 8 mmHg de la PAD (9).
L’obésité
constitue un facteur majeur et indépendant de risque de maladies coronariennes
(10). L’incidence de l’angor, de l’infarctus du
myocarde et de la mort subite est accrue chez les obèses dans des proportions
variables selon l’âge, le sexe et la répartition du tissu adipeux. Le suivi sur
13 ans des 9822 sujets (6022 femmes et 3800 hommes) de l’étude NHANES a montré
que l’obésité centrale (distribution abdominale des graisses) était associée à
la survenue d’événements coronariens indépendamment du BMI, du tabagisme et de
l’âge et que l’effet de la répartition du tissu adipeux était équivalent à
celui du poids (11).
La
prise de poids à l’âge adulte paraît également comme un facteur déterminant du
risque coronarien lié à l’obésité : l’étude de Framingham avait montré que
la prise de poids chez l’adulte était associée à une augmentation du risque de
MCV proportionnelle à celle-ci (10).
Le
risque de coronaropathie est d’autant plus grand que l’obésité est associée au
diabète, à une dyslipémie et/ou à une HTA.
INSUFFISANCE CARDIAQUE (MYOCARDE) :
L’obésité
est un facteur de risque indépendant d’insuffisance cardiaque, en particulier
chez les femmes (12).
L’obésité entraîne une hypertrophie ventriculaire gauche excentrique (13) ou, plus rarement
concentrique (14) ainsi
qu’une dysfonction systolique et diastolique du VG (14). L’effet de l’obésité
sur la fonction cardiaque résulte probablement de la combinaison de plusieurs
facteurs incluant HTA, dyslipidémie, diabète, hypertrophie ventriculaire gauche
, dysfonction endothéliale et athérosclérose (1)
La
perte de poids permet de réduire la masse ventriculaire gauche et l’épaisseur
du mur postérieur.
Par
ailleurs, les anomalies respiratoires et la pathologie thromboembolique peuvent
contribuer à la constitution d’une insuffisance cardiaque droite.
ACCIDENTS VASCULAIRES CEREBRAUX (ARTERES CEREBRALES) :
La
prévalence des thromboses cérébrales est augmentée chez les sujets obèses
indépendamment du niveau de PA.
Les
hémorragies méningées, à PA identique, ne sont pas plus fréquentes chez
l’obèse.
L’hyperpression
veineuse, qui favorise la stase et les altérations capillaires, est fréquente
chez les sujets obèses et se traduit cliniquement par l’œdème qu’aggravent
parfois les troubles lymphatiques.
Il
existe un risque accru de thromboses veineuses profondes (dont le diagnostic peut
être gêné par l’obésité). Ce risque justifie un traitement anticoagulant
préventif et une surveillance vigilante en cas d’alitement prolongé ou en
période post-opératoire.
Elles sont particulièrement
importantes en cas d’obésité abdominale.
-
INSULINORESISTANCE
ET SYNDROME METABOLIQUE :
Le
syndrome métabolique, caractérisé par une insulinorésistance et une
hyperinsulinémie, est défini par une constellation d’anomalies incluant
l’obésité abdominale, une dyslipidémie (hypertriglycéridémie et hypoHDLémie),
une élévation de la PA, une intolérance au glucose ou un diabète type 2 ainsi
qu’un état prothrombotique et proinflammatoire (15).
Ce
syndrome est l’un des principaux facteurs favorisant les maladies
cardiovasculaires. Le rôle de l’obésité viscérale est considérable car cette
forme d’obésité est en partie responsable de ces anomalies métaboliques. La
libération d’acides gras libres dans le système porte à partir de ce tissu
métaboliquement très actif augmenterait par exemple la néoglucogenèse et la
sécrétion de VLDL (very low density lipoproteins) par le foie et
diminuerait la clairance hépatique de l’insuline (1,16).
L’impact
de l’obésité sur le diabète de type 2 est majeur : 50 à 80% des patients
diabétiques de type 2 sont obèses (16). L’incidence du diabète
de type 2 est environ 3 fois plus élevée chez les sujets obèses que chez les
sujets non obèses (16).
Les
principaux facteurs de risque de diabète de type 2 sont la sévérité de
l’obésité, le gain de poids précoce (dans l’enfance), l’adiposité abdominale,
la durée de l’obésité, l’âge et les antécédents familiaux de diabète de type 2
(16,17). L’obésité, principalement dans sa forme viscérale, est un facteur de
risque de diabète de type 2 car elle entraîne une insulinorésistance ;
cette dernière étant avec la défaillance de la sécrétion d’insuline, l’un des 2
facteurs étiopathogéniques du diabète de type 2 (16).
Une
perte de poids même modérée a un effet bénéfique démontré sur la glycémie et
l’hémoglobine glycosylée. Ainsi, une perte de poids de moins de 10% du poids
réduit le risque de mortalité due au diabète de 30 à 40% (18). Les diabétiques qui
perdent au cours de la première année de prise en charge de leur diabète
Cependant,
tous les patients ne répondent pas de la même façon à la perte de poids, ce qui
justifie le plus souvent le recours aux hypoglycémiants.
Le
risque de dyslipidémies augmente progressivement à partir d’un BMI de 21 kg/m2
(1). Les anomalies
lipidiques les plus fréquentes sont l’augmentation des triglycérides et la
diminution du cholestérol HDL ce qui s’accompagne d’une augmentation du risque
cardiovasculaire (20).
Le taux de LDL peut être normal mais les particules LDL sont petites et denses
et donc plus athérogènes (16).
La
perte de poids améliore ces anomalies lipidiques.
COMPLICATIONS OSTEO-ARTICULAIRES :
Elles
sont nombreuses :
-
La surcharge
pondérale, en augmentant les contraintes mécaniques des surfaces articulaires,
aggrave l’évolutivité des gonarthroses et des coxarthroses (présentes chez 50%
des femmes obèses ayant un IMC>40) et les malformations congénitales de la
hanche et des genoux. L’obésité est la première cause d’arthrose du genou chez
la femme, et la deuxième chez l’homme, après les traumatismes du genou.
-
La fréquence des
nécroses ischémiques de la tête fémorale est accrue chez les hommes obèses
-
Des troubles
variés de la statique vertébrale sont à l’origine de dorsalgies, de lombalgies
et de sciatalgies.
Ces
complications mécaniques sont sources de sédentarité et d’inactivité
physique : ainsi, une étude épidémiologique a montré que les femmes âgées
de plus de 60 ans dont le BMI était supérieur à 27 avaient deux fois plus de
risque de présenter une incapacité fonctionnelle motrice (21). Elles contribuent
ainsi à entretenir l’obésité en limitant les possibilités d’exercice
physique.
La
perte de poids aurait peu d’effets sur ces manifestations articulaires dans les
cas de surpoids modérés, alors qu’une perte de poids de 6 à
CANCER :
L’obésité
est associée à un risque accru de certains cancers : ce sont surtout des
cancers hormonodépendants (chez la femme : endomètre, ovaire et sein après
la ménopause ; chez l’homme : prostate)n et les cancers digestifs
(colon, rectum et vésicule biliaire). Il faut également citer les cancers du
pancréas, du foie, de l’oesophage et du rein (22).
COMPLICATIONS DIGESTIVES ET HEPATOBILIAIRES (1):
-
Le reflux
gastro-oesophagien est fréquent. Sa symptomatologie douloureuse peut être
confondue avec celle de l’insuffisance coronaire.
-
Les lithiases
biliaires sont plus fréquentes chez les sujets obèses, en particulier dans le
sexe féminin : Chez les femmes, le risque est 3 fois plus élevé lorsque le
BMI est ≥ 32 kg/m2 et 7 fois plus élevé lorsque le BMI est ≥ 45
kg/m2.
Ceci est essentiellement du à la
« supersaturation » de la bile avec le cholestérol ce qui augmente sa
lithogénicité.
La formation des calculs biliaires est également
favorisée par la perte de poids rapide (la lithiase vésiculaire a été rapportée
chez 38% des patients ayant subi une chirurgie bariatrique)
-
L’obésité est
l’une des causes de stéatose hépatique diffuse ou centrolobulaire (23) présente chez 20 à 40%
des sujets obèses (24).
Elle se traduit cliniquement par une hépatomégalie et biologiquement par une
augmentation fréquente des gamma-GT.
En
dehors de l’insulinorésistance, les conséquences hormonales sont :
-
L’hyperoestrogénie
par production extra-ovarienne d’oetrogènes (par les adipocytes) est à
l’origine de troubles du cycle chez la femme : cycles irréguliers et
souvent anovulatoires (l’obésité est d’ailleurs responsable de 6% des
stérilités primaires)
-
Le développement
d’un syndrome des ovaires polykystiques, caractérisé par une insulinorésistance
et une hyperandrogénie chez la femme
-
L’hypogonadisme
chez les hommes présentant une obésité massive
L’obésité
expose la femme enceinte à de nombreuses complications :
-
Toxémie
-
Diabète gestationnel
-
Macrosomie featale
-
Accouchement prématuré
Etre
obèse conduit à être soumis à des interventions thérapeutiques multiples
(diététiques, pharmacologiques, voire chirurgicales). Les effets indésirables
de ces interventions sont loin d’être négligeables : dépression, troubles de
l’humeur, malnutrition, désordres du comportement alimentaire, etc. Ces
éléments sont dans la majorité des cas la conséquence des régimes
restrictifs imposés aux patients. De plus, au plan métabolique, ces régimes
conduisent à des adaptations de la thermognèse avec augmentation des rendements
energétiques et dons diminution de l’efficacité des régimes.
Certains
traitements exposent eux aussi les sujets obèses à des risques :
-
Des préparations
pseudo-homéopathiques réunissant amphétamines, diurétiques, hormones
thyroïdiennes sont parfois encore proposées même si leur prescription est
devenue illégale. Elles exposent à de nombreux dangers : dépression
sévère, désordres électrolytiques, troubles du rythme cardiaque, voire mort
subite.
-
Les accidents de
la liposuccion pratiquée dans de mauvaises conditions sont l’hémorragie,
l’infection, voire le décès.
Les
risques opératoires et anesthésiques sont augmentés du fait de l’insuffisance
respiratoire, des varices, des difficultés de mobilisation et du risque
d’infections cutanées et de retard de cicatrisation.
L’adiposité
de la paroi complique le geste chirurgical ou certains diagnostics (comme
l’étranglement herniaire)
Dans
l’obésité commune, grâce à la qualité actuelle de l’anesthésie-réanimation, la
prise en charge en période chirurgicale ne pose plus de problème. En revanche,
les difficultés peuvent être majeures en cas d’obésité massive et toute
intervention chirurgicale sur ce terrain nécessite une prise en charge
préopératoire spécifique. Le bilan préopératoire dot comporter une exploration
cardio-respiratoire complète incluant notamment la recherche d’un syndrome
d’apnée du sommeil. Les régimes hypocaloriques restrictifs doivent être évités
car ils sont sources de catabolisme protéique.
En
période opératoire, il faut savoir que la position allongée aggrave les
problèmes cardio-respiratoires.
En
période post-opératoire, il faut privilégier la position en décubitus latéral
gauche, corriger l’hypoxémie, prévenir les thromboses veineuses et ne pas
renoncer à mobiliser le patient en raison de son obésité.
DIFFICULTES DE L’INVESTIGATION CLINIQUE :
-
L’examen
physique est parfois gêné (palpation abdominale…)
-
Il n’est pas
toujours possible de disposer de balances adaptées aux obésités de plus de 200
ou
-
Les examens
d’imagerie sont souvent mis en défaut par l’obésité massive. Les tables de
radiologie, de scanner et d’IRM n’acceptent pas les patients de plus de
-
La pharmacologie
des médicaments n’est généralement pas étudiée chez le sujet obèse.
-
L’association
obésité – protéinurie s’observe indépendamment du diabète et de l’HTA. La
lésion rénale la plus fréquemment décrite en cas de protéinurie massive ou de
syndrome néphrotique associés à l’obésité est la glomérulosclérose segmentaire
et focale. Néanmoins, des protéinuries importantes sont observées en l’absence
de lésions histologiques.
-
Le risque de
chutes
-
L’hypertension
intracrânienne dite bénigne car non tumorale est associée à l’obésité. Elle
peut mettre en cause l’avenir visuel et justifie une prise en charge renforcée.
Les
grandes études épidémiologiques ont démontré que le risque de mortalité
augmente de façon linéaire avec le BMI lorsque des facteurs confondants tels
que le tabagisme ou les variations de poids liés à d’autres pathologies sont
pris en compte. L’obésité sévère (BMI>32-35) est associée à un doublement du
risque relatif de mortalité totale (26).
Le
gradient de l’élévation du risque de mortalité en fonction de l’excès pondéral semble
plus fort chez le sujet jeune que chez le sujet âgé (27).
L’obésité
abdominale est probablement la forme clinique la plus associée à cet excès de
mortalité; cette augmentation de la mortalité chez les sujets androïdes est
surtout le fait des complications cardiovasculaires (28).
L’obésité est une maladie chronique. Ses
complications sont nombreuses et peuvent mettre en cause le pronostic vital.
Les principales maladies associées à l’obésité sont les cardiopathies
ischémiques, les accidents vasculaires cérébraux ischémiques, l’HTA, le diabète
non insulino-dépendant, les dyslipidémies, l’insulinorésistance, les apnées du
sommeil et certains cancers. Les conséquences psychologiques et sociales de la
maladie sont également susceptibles de diminuer la qualité de vie. L’excès de
tissu adipeux, la répartition du tissu adipeux, la prise de poids à l’âge
adulte et la durée de l’obésité sont les quatre principaux facteurs prédictifs
de la morbimortalité. Le rôle de l’obésité androïde semble particulièrement
déterminant.
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