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Peut-on interrompre le traitement médical au cours de l'hypertension
artérielle essentielle (HTA) ?
Arrêter un traitement antihypertenseur même chez un
patient qui présente depuis plusieurs années une normalisation de ses chiffres
tensionnels est une décision difficile à prendre.
Bien sûr il faudra d’abord éliminer les baisses ou
normalisation "pathologiques" de la pression artérielle (PA) :
- insuffisance cardiaque.
- insuffisance surrénalienne.
- Amylose.
où la diminution voire même l'arrêt du traitement
antihypertenseur peuvent s'imposer au praticien.
En dehors de ces situations, la réponse à la question :
" peut-on interrompre le traitement médical au cours de l'hypertension
artérielle essentielle ?" peut être dans un premier temps spontanément
négative.
Négative parce que l’HTA essentielle est connue comme
une maladie chronique où le traitement est normalement institué à vie.
Négative parce qu’il existe une relation positive entre
l’élévation de la pression artérielle et la survenue de maladies
cardio-vasculaires. (1)
Négative parce que la plupart des études attribuent aux
antihypertenseurs une part importante de la réduction des décès aux accidents
cérébro-vasculaires ou coronaires. (1)(4)
Mais une réflexion plus approfondie peut faire
reconsidérer la réponse.
En effet, tous les praticiens qui ont eu à suivre des
hypertendus ont eu au moins une fois à
faire à des patients ayant normalisé
leurs chiffres tensionnels après un
arrêt du traitement de plusieurs mois voir de plusieurs années.
De plus le traitement antihypertenseur n’est pas dénué d’effets secondaires surtout chez les sujets âgés. Donc toute normotension prolongée surtout en l’absence de retentissement de l’HTA pourrait amener le praticien à réfléchir sur une éventuelle diminution progressive des doses ou même à une interruption du traitement.
Enfin, toutes les recommandations récentes concernant la
prise en charge de l’HTA proposent l’éventualité de diminuer sinon d’arrêter le
traitement antihypertenseur si les chiffres tensionnels se normalisent pendant
un certain temps (minimum une année de suivi rigoureux) et s’il n’existe pas de
retentissement viscéral de l’HTA.
C’est le cas des « GUIDELINES » américains
(JNC V et JNC VI) (2)(3), mais aussi des références de L’ANDEM française
pour qui : « Le traitement
anti-hypertenseur est un traitement au long cours. Toutefois chez les patients
contrôlés, c’est à dire ayant à plusieurs reprises une pression artérielle <
140/90 mmHg, il est licite d’envisager une diminution progressive du
traitement, étape par étape, si le patient le demande ou si la preuve de la
permanence de l’HTA avant la mise en route du traitement n’est pas
disponible….Il est impératif de n’envisager une telle diminution du traitement
que si un suivi régulier est possible car 50 à 80% des patients ont
ultérieurement une nouvelle augmentation de leur chiffres tensionnels. ».
(4)
C’est le cas aussi de
la Société Canadienne de l’hypertension
qui propose dans sa recommandation 14 concernant L’HTA de diminuer
voire d’arrêter le traitement anti-hypertenseur chez des patients normotendus
depuis au moins une année et bien suivis.(5)
Il en est de même pour l’OMS qui dans son rapport 1999
sur l’HTA ( 1999 World Health Organization- International Society of
Hypertentension Guidelines for the Management of Hypertension)
rapporte que : « Le traitement anti-hypertenseur est généralement à
« vie . L’interruption du traitement chez l’hypertendu correctement diagnostiqué
fait revenir tôt ou tard la pression artérielle aux chiffres d’avant
traitement. Toutefois, il est possible après un contrôle prolongé de la PA
d’envisager une diminution pas à pas des doses ou du nombre des médicaments
particulièrement chez les patients observant un mode de vie strict (mesures
non-pharmacologiques)… ». (1)
Une
revue de la littérature va dans le sens de
ces recommandations.
Fletcher
et coll. après une analyse de plusieurs études ayant concerné l’arrêt du
traitement anti hypertenseur notent une persistance de la normotension après
arrêt variant de 15 à 50% selon les cas. Les facteurs prédictifs pour un retour
à des chiffres tensionnels élevés les plus fréquemment rencontrés
étaient : une HTA sévère avant traitement, une obésité, une courte durée
du traitement et une hypertrophie ventriculaire gauche. (6)
En
1991, un article intitulé : « Antihypertensive therapy. To stop or
not to stop ? » paru dans le JAMA propose d’envisager des études
concernant la diminution voir l’arrêt du traitement anti hypertenseur chez les hypertendus légers, avec un poids
normal, une consommation basse en sodium et en alcool et une PA bien contrôlée
avec une monothérapie. (7)
Une
équipe suédoise a mené une étude prospective pendant 5 ans sur les effets de
l’arrêt du traitement antihypertenseur sur les chiffres tensionnels, la
survenue de maladies cardio-vasculaires et la mortalité chez les personnes
âgées. Les auteurs ont obtenu une normotension chez 20% des patients. Les
résultats de cette étude ont montré une mortalité du groupe anciennement
hypertendu sans traitement plus basse que la mortalité générale suédoise du
même âge et un risque cardio-vasculaire qui n’augmente pas après arrêt du
traitement. Dans cette étude les facteurs prédictifs d’un succès de l’arrêt du
traitement étaient : une monothérapie et une PA relativement basse avant
l’arrêt du traitement. (8)
Une
autre étude publiée en 1997 par une équipe américaine a recensé 18 articles
ayant concerné l’arrêt du traitement antihypertenseur.
Dans
12 études le taux de succès moyen était de 40,3% après 1 an d’arrêt et 27,2%
après 2 ans.
Dans
6 études ayant intéressé les sujets âgés le taux de succès moyen était de 26%
après 2 années d’arrêt de traitement.(9)
Une
étude rétrospective sur 20 ans publiée en Juin 1998 par une équipe japonaise a
constaté une normalisation des chiffres tensionnels chez 17,9% des patients de
l’étude (19/106) avec une durée moyenne de rémission après arrêt
de 6,3 ans ( 1,6 à 21,7 années ).
Dans
cette même étude il n’a pas été constaté de différence significative entre le
groupe qui a présenté une rémission durable de la PA et celui qui ne l’a pas
présenté concernant l’âge, le poids initial, les chiffres de la PA et le taux
de la créatininémie. Par contre une différence significative entre les 2 groupes
a été constaté en cas de monothérapie et en cas de baisse du poids. Une
variation saisonnière a aussi été notée (Les rémissions étaient plus nombreuses
au printemps et en été). (11)
Les
résultats de l’essai T.O.N.E ( Trial Of Non pharmacologic intervention in the
Elderly ) publiés en 1999 ont montré que chez les sujets âgés (60 – 80 ans ) on
pouvait obtenir une normotension durable après interruption du traitement
antihypertenseur chez 80 % des patients qui :
-
Présentaient
une PA relativement basse avant l’arrêt ( p <0001)
-
Ne
présentaient pas d’atteinte cardio-vasculaire avant l’arrêt
-
Respectaient
scrupuleusement pendant l’essai les mesures non pharmacologiques ( perte de
poids, consommation modérée de Sodium…)
Dans
cette même étude l’âge, l’ethnie, l’activité physique le poids initial, la
classe thérapeutique ainsi que le tabagisme et l’alcoolisme n’ont pas été des
facteurs prédictifs significatifs dans l’obtention d’une normotension durable
par arrêt du traitement. (12) (13).
Une
autre étude ayant couvert 18 hôpitaux généraux britanniques a montré qu’un
cinquième des malades suivis pour HTA et ayant normalisé leur chiffres
tensionnels pouvaient bénéficier d’un arrêt du traitement anti-hypertenseur
sans risque majeur moyennant bien sûr une surveillance rigoureuse. A part une
légère prédominance masculine concernant la reprise du traitement aucun autre
facteur significatif n’a été retrouvé. (14)
Toutes
les études ayant concerné l’arrêt du traitement antihypertenseur insistent sur
la nécessité d’une surveillance rigoureuse et rapprochée de la PA.
Dans
ce cadre plusieurs études semblent accorder une attention particulière à la
Mesure Ambulatoire de la Pression Artérielle ( M.A.P.A) ainsi qu’à
l’auto-mesure à domicile de la PA.(15)
En
Juin 1999 une conférence de consensus entièrement consacrée à l’auto-mesure de
la PA à domicile semble pencher vers une supériorité de cette méthode par
rapport à la mesure classique à la consultation médicale dans la surveillance
des chiffres tensionnels. (16)
Peut-on
donc arrêter le traitement médical de l’HTA essentielle ?
Oui,
mais en respectant certaines conditions :
-
HTA
légère
-
PA
bien contrôlée sous monothérapie pendant au moins une année
-
Absence
de signes cliniques, radiologiques ou électriques de maladies
cardio-vasculaires.
-
Un
poids idéal
-
Mesures
hygiéno-diététiques, surtout concernant la consommation de Sodium, bien
respectées
-
Eviter
l’arrêt brutal d’un bêtabloquant ou d’un antihypertenseur central.
En conclusion cette
étude souligne l’importance des mesures non-pharmacologiques dans la prise en
charge de l’HTA, surtout quand il s’agit d’une HTA légère du groupe A (absence
de risques) où elles doivent constituer la base de la prise en charge de
l’hypertendu.
Enfin
cette question pertinente pour des médecins doit être encore utilisée avec
prudence quand il s’agit d’un public mal averti où elle peut être mal
interprétée.
1-1999 WHO– Société Internationale de l’HTA- Guidelines for the management of Hypertension. (http://www.who.int/ncd/cvd/HT-Guide.html)
2- Fifth
Report of the Joint National Comitee on Detection,Evaluation and treatement Of
High Blood Pressure .(JNC V 1993) . NHBPEP Publications.
3- VI Report of the Joint National Comitee on Detection,Evaluation and treatement Of High Blood Pressure .(JNC VI 1997) . NHBPEP Publications
4- Diagnostic et traitement de l’hypertension artérielle essentielle de l’adulte de 20 à 80 ans.
ANAES – Service des Références Médicales. (http://www.hbroussais.fr/ANDEMHTA/pageindex.html)
5-
Report
of the Canadian Hypertension Society Consensus. 1993 ( http://www.cma.ca/cmaj/vol-149/0815.htm)
6-
The
effect of withdrawing antihypertensive therapy : a review
Fletcher AE et coll.
J Hypertens 1988
Jun ;6(6) :431-6
7-
Antihypertensive
therapy. To stop or not to stop ?
Schmider Re et coll.
JAMA 1991 Mar 27 ;265(12) :1566-71
8-
A 5 years prospective, observational study of
the withrawal of antihypertensive treatement in eldrly people
Ekbom T et coll
J Intern
Med 1994 jun ;235(6) :581-8
9-
Withdrawal
of antihypertensive medications
Froom J,
et coll.
J Am Board Fam Pract 1997
jul-Aug ;10(4) :249-58
10-
Withdrawal of long term diuretic
medication in elderly patients : a double blind randomised trial
WALMA E et coll.
BMJ
1997 ;315 :464-468(23 August)
11-
Remission of hypertension :
retrospective observations over a period of 20years
Sugiyama T et coll.
Hypertens
res 1998 Jun ;21(2) :103-8
12-
Predictors and mediators of successful long-term withdrawal from
antihypertensive medications. TONE Cooperative Research Group. Trial of
Nonpharmacologic Inteventions in the Elderly
Espland
MA et coll.
Arch Fam
Med 1999 May-Jun ;8(3) :228-36
13-
Does withdrawal of antihypertensive medication increase the risk
of cardiovascular events ?
Kostis JB et coll.
The Am Journal of Cardiology ; Vol 82,
issue 12 :1501-8
14-
Stopping drug treatment of
hypertension : experience in 18 British general practices.
Aylett M,
Creighton P, Jachuk S, Newrick D, Evans A
Br J Gen
Pract 1999 Dec;49(449):977-80
15-
Predictive value of ambulatory blood
pressure shortly after withdrawal of antihypertensive drugs in primary care
patients
Beltman FW et coll
BMJ 1996 ;313 :404-406(17August)
16- L’automesure de la pression artérielle : histoire d’une méthode d’avenir
Postel-Vinay et coll
La Rev du Prat 1999, Jun ;49 (1377-9)